Ministère de la Justice
 
 

29 juillet 2010

Inauguration du centre de détention du Havre

Discours de Mme Alliot-Marie, ministre d'Etat, garde des Sceaux, ministre de la justice et des libertés

Monsieur le Maire,
Monsieur le Député-Maire,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les hauts magistrats,
Monsieur le Directeur,
Mesdames et Messieurs,

 

Le nouveau centre pénitentiaire du Havre est le symbole d'une administration pénitentiaire en pleine évolution.

 

La loi pénitentiaire en a jeté les bases juridiques. La rénovation de l'immobilier de l'administration pénitentiaire en est le prolongement indispensable.

 

L'immobilier n'est pas tout mais il participe de l'efficacité de la prison.

 

La peine d'emprisonnement répond en effet à une triple finalité : protéger la société, sanctionner les actes délictueux ou criminels, mais aussi aider à la réinsertion des détenus.

 

Seules des prisons adaptées à ces exigences permettent de répondre aux besoins de notre société. Adaptées, cela veut dire capables de fournir des conditions de détention décentes, conformes aux exigences de dignité de la personne, propices à un apprentissage comportemental. Adaptées, cela veut dire permettant des activités destinées à l'insertion sociale, condition d'une lutte effective contre la récidive.

 

Mesdames et Messieurs,

 

Il n'y a pas d'un côté la politique pénitentiaire, et de l'autre sa dimension immobilière. Il n'y a pas d'un côté des principes inscrits dans la loi, et de l'autre une réalité de la prison en décalage avec la volonté du législateur. Il n'y a pas d'un côté un idéalisme inspiré, et de l'autre un pragmatisme résigné.

 

J'entends que la loi voulue par les députés et sénateurs soit intégralement respectée. J'entends conduire une politique pénitentiaire lisible, cohérente de bout en bout, guidée par des principes clairs et partagés par tous. J'entends faire prévaloir les objectifs de la lutte contre la récidive sur toute considération comptable ou budgétaire.

 

L'ouverture du centre de détention du Havre illustre les ambitions du plan de modernisation des prisons françaises.

 

Le nouveau centre pénitentiaire du Havre répond aux objectifs de la loi pénitentiaire.

 

L'ancienne prison du Havre ne répondait plus aux exigences d'un établissement pénitentiaire moderne.

 

Soyons lucides : quand les détenus sont placés en dortoirs, ne bénéficient pas d'espaces collectifs, et doivent se contenter d'une salle commune pour le parloir, l'établissement pénitentiaire ne peut remplir toutes ses missions.

 

Je suis étonnée que les mêmes qui dénonçaient à juste titre l'état des prisons et fixaient dans les débats parlementaires les niveaux d'exigence les plus hauts soient aujourd'hui ceux qui protestent contre la fermeture de leur prison même totalement indigne.

 

Dignité des personnes, suivi personnalisé et préparation de la réinsertion sont au cœur de la réforme pénitentiaire. La prison du Havre en est une illustration concrète.

 

Assurer la dignité des personnes.

 

L'établissement compte 690 places : 210 pour sa partie maison d'arrêt et 480 pour la partie centre de détention. Toutes les cellules de l'établissement sont neuves, adaptées, dotées de douches. Le centre de détention ne comporte que des cellules individuelles.

 

Garantir un meilleur suivi des détenus.

 

Suivi sanitaire. Les nouveaux locaux garantiront un service médical performant, moderne et efficace.

 

Suivi des mineurs. 15 mineurs pourront être hébergés dans le quartier des mineurs de la prison.

 

Suivi des personnes handicapées. Des cellules sont spécialement aménagées pour les accueillir.

 

Préparer la réinsertion des détenus

 

Préparer la réinsertion suppose que le détenu maintienne des liens avec la société dans laquelle il a vocation à revenir.

 

- Liens familiaux.

 

Des parloirs permettant d'accueillir les familles sont prévus au sein des unités de vie familiale. Désormais, tout nouvel établissement en sera doté.

 

- Liens professionnels.

 

La valeur travail joue un rôle essentiel dans la reconstruction de l'individu. La volonté de travailler est un premier pas vers la réinsertion. C'est pourquoi la loi pénitentiaire crée une obligation d'activité pour le détenu : activité scolaire, d'apprentissage, professionnelle.

 

Au Havre, de larges ateliers sont prévus. Une formation professionnelle sera proposée aux détenus dans les domaines du bâtiment, du magasinage et de la restauration.

 

- Maintenir les liens avec la société, cela passe aussi par l'activité physique. Un gymnase, des salles de musculation et un terrain de football sont prévus à cet effet.

 

Mesdames et Messieurs,

 

L'ouverture du nouveau centre de détention du Havre s'inscrit dans élan sans précédent en faveur de l'immobilier de l'administration pénitentiaire.

 

Le plan immobilier correspond aux ambitions et aux objectifs de notre politique pénitentiaire.

 

9000 places vétustes seront fermées et remplacées par des places neuves. Parallèlement, 22 nouveaux établissements seront ouverts, dont 11 d'ici fin 2015. Les recherches de terrains ont commencé.

 

Ce plan repose sur un triple refus.

 

Refus de la surpopulation carcérale.

 

Au-delà du programme en cours, 5 000 places supplémentaires seront créées. En 2017 la France sera dotée de 68 000 places de prison, dont 35 000 de moins de 30 ans.

 

De son côté, la population carcérale devrait logiquement diminuer. Aujourd'hui, celle-ci s'élève à environ 62 100. Elle était de 63 100 au 1er juillet 2009. Le développement des aménagements de peine devrait prolonger la tendance.

 

Refus d'une conception déshumanisée de la prison.

 

Je veux des établissements pénitentiaires à taille humaine.

 

J'entends les réflexions sur la taille des établissements. Les immeubles construits ou largement engagés sont ce qu'ils sont. Pour l'avenir, j'ai décidé qu'aucun établissement ne dépasserait une capacité de 700 places, avec une seule exception : la maison d'arrêt de La Santé à Paris. Un premier projet concernant La Santé prévoyait une capacité de 1400 places. J'ai décidé de le réduire à 1000.

 

Au sein des établissements, des unités d'hébergement de taille modeste peuvent permettre l'application de régimes différenciés. Plusieurs pays, comme l'Espagne, ont recours à ce type d'organisation. Je souhaite conduire une réflexion sur la mise en place de tels dispositifs.

 

Je veux améliorer le cadre de vie des détenus et le cadre de travail des personnels pénitentiaires.

 

Il sera mis fin au « tout béton » qui gouverne le programme actuel. Les cours de promenades seront plus attrayantes. Des espaces de verdure seront aménagés.

 

Je veux lutter contre le climat de violence qui empêche trop souvent les personnels de remplir leur mission.

 

Je ne suis pas de ceux qui pensent que la violence exercée contre les personnels est un risque du métier ou une fatalité.

 

Pour mieux anticiper le phénomène, j'ai mis en place un groupe de travail à la Chancellerie. Il vient de me remettre son rapport. J'en examine actuellement les propositions.

 

D'ores et déjà, j'ai décidé de renforcer l'accompagnement judiciaire des surveillants victimes d'agression. Je viens de signer une circulaire permettant de faciliter le dépôt de plainte et de mieux accompagner les agents tout au long de la procédure, depuis les auditions par la police jusqu'au procès.

 

Refus de l'uniformité des établissements pénitentiaires.

 

Pour approfondir notre action, je veux développer un nouveau concept d'établissement : les établissements à réinsertion active.

 

Je veux rompre avec la logique d'inactivité. Il n'est pas acceptable que des détenus en courte peine ou manifestant une réelle volonté de réinsertion soient contraints à l'oisiveté, enfermés dans leur cellule 22 heures sur 24.

 

Les établissements à réinsertion active réserveront une place plus importante aux espaces d'activités. Leur configuration renforcera les liens humains entre surveillants et détenus.

 

Monsieur le Maire,
Mesdames et Messieurs,

 

A l'ensemble du personnel du centre pénitentiaire du Havre, je veux dire que l'administration pénitentiaire est une grande maison.

 

Je souhaite que chacune et chacun d'entre vous puisse y trouver sa place.

 

Je souhaite que, rassemblés autour des valeurs qui nous unissent, nous travaillions ensemble à une société plus sûre, plus juste, plus protectrice pour nos concitoyens.

 

L'avenir de notre société se joue aussi dans nos prisons. La sécurité de nos concitoyens dépend de votre vigilance. La pérennité de notre pacte républicain repose sur votre engagement.

 

Vous avez toute ma confiance. Tous mes vœux vous accompagnent.

 
 
 
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